

L’offensive des constructeurs chinois sur le marché européen
Michel Forissier, ancien Chief Engineering and Marketing Officer de Valeo
10 juin 2026
Notes Yves Soronellas
Les formulations sont les miennes pas celles de Michel.
Observation des usines automobiles en Chine
Traditionnellement une telle usine comporte deux parties : le ferrage et le montage.
Le ferrage consiste à fabriquer la carrosserie et autre pièces métalliques voire le moteur (?). Un domaine très automatisé avec peu de workers et beaucoup de robots. L’usine chinoise est très semblable à celles de France avec cependant 3 fois plus de robots c’est à dire une très forte densité sur un espace restreint ce qui est assez incompréhensible et donne un sentiment de surinvestissements.
Cependant le montage est assez classique avec des convoyeurs automatisés mais un nombre plus élevé de workers en Chine. Certes les chaînes de montages peuvent-être plus compactes.
Au total donc les usines chinoises ne semblent pas avoir un avantage compétitif qui serait lié à la robotisation ou à la productivité.
Il en résulte que le « prix bas » auraient d’autres sources : fondamentalement cela serait un faible prix des matériaux eux-mêmes dans des proportions importantes.
Le même paradoxe semble, exister chez les équipementiers et visible y compris lorsqu’ils ont des usines en Chine : avec les même règles salariales ces usines produisent des équipements plus cher de 30 % que l’usine d’un concurrent chinois pour des éléments équivalents.
Celà semble une source de détournement des règles de l’OMC. Toutefois il faudrait examiner la réelle différence dans la capacité d’amélioration des processus opérationnels point fort chinois.
Détermination et développement des compétences
Il faut convenir de l’extraordinaire capacité à une intégration verticale, la construction de zones de proximité, la très grande standardisation des équipements et des voitures elles-mêmes. Ce qui associé à un fort volume conduit à des couts unitaires moindres.
En outre il y a aussi une réelle vitesse d’évolution, de conception ou de design et une avance réelle sur les domaines électriques notamment. Et une forte orientation « service » à l’utilisateur : avec la faiblesse d’un positionnement du marché sur un haut-de gamme inaccessible à l’immense majorité des chinois et ciblant à priori les urbains riches changeant de voiture tous les deux ans et voulant en « remontrer » (d’ailleurs mêmes cibles de nos constructeurs européens en Europe !!)
Décevant Salon de Pékin : un dépassement avant tout
La visite du salon de Pékin est assez décevante avec des véhicules très semblables les uns avec les autres, de grosses « taille » et luxueux mais sans créativité réelle.
Autrement dit un travail profond décrit dans le plan dès 2015, a conduit à un dépassement des conceptions occidentales, à une défense face à une normalisation européenne très active en matière de risques de crash ou environnements, très souvent mises à jour, et qui constituait de fait un obstacle à la concurrence de véhicules notamment chinois ( la même logique s’appliquait auparavant pour les véhicules japonais notamment les key-cars).
Aussi les Chinois ont dépassé la situation en basculant vite vers l’électrique. Il y a donc une volonté admirable et un rattrapage puis une avance de dix ans sur les technologies les plus récentes. Et cela sans doute à l’issue de la prise de conscience par la Chine qu’on ne les laisserait pas se développer tranquillement et le constat de la violence de l’’hostilité américaine : alors on bascule de l’industriel à la bataille de la souveraineté et on entre dans le champs politique.
Quelle perspectives en Europe ou France ?
Il est donc aujourd’hui impossible de « bloquer » l’entrée de véhicules chinois sinon les rétorsions seraient catastrophiques. Probablement la meilleure solution sera d’accepter des formes de Co investissement dans nos usines européennes très « vides » . Cependant il convient de noter qu’avec le 15 eme plan que la voiture n’est plus une priorité et ne sera plus « aidée ». Aussi les 247 constructeurs chinois vont-ils se mener une concurrence terrible (avec impacts sociaux potentiels) et seront probablement très attentif à des investissements en Europe qui soient suffisamment rentables car ils sont tous extrêmement endettés et il n’en retsera que moins d’une dizaine.
Souveraineté par la technologie et la science
En fait l’objectif n’était peut-être pas de produire ou d’exporter des voitures ( les usines chinoises ont une capacité de produire en gros 60 millions de véhicules mais le marché intérieur n’est que d’une trentaine et cela est avant tout l’effet de la méthode de mise en concurrence des acteurs pour atteindre un but du Plan !!). Avant tout le but était d’acquérir les compétences et les technologies qui rendrait la Chine souveraine avant tout. C’est toute la profondeur de la vision systémique et approfondies des plans chinois.
En outre l’avenir des voitures semble limitée : la phase suivante qui est le véhicule autonome et toutes son infrastructure de connectivité et donc se proximité avec le monde l’électronique et du logiciel est engagée et là encore la Chine est très en avance dans la mise en œuvre opérationnelle comme dans les compétences technologiques et expertises humaines nécessaires.
Enfin si des usines européennes directement chinoises (comme en Hongrie) ou mixtes comme sans doute avant tout en Espagne et surtout vis-à-vis de l’Allemagne (pour la Chine la voiture c’est l’Allemagne !!) peuvent, pendant un certain temps, sauvegarder des emplois tant par le cash chinois d’ailleurs que des aides publics européenne, des Etats ou des Régions, la perspective d’avenir reste assez modeste. D’autant que les équipementiers seront encore plus « chalengés » par ceux venant de Chine et que leur avenir même en Chine en sera doublement menacé ( voir plus haut).
Lucidité ?
Il ne semble pas qu’il y ait une volonté politique suffisante et encore moins une vision qui permettent à l’Europe de se repositionner sur le marché des voitures. Et il n’est pas plus sûr qu’elle le soit sur la phase suivante sur les véhicules autonomes et/ou l’infrastructure de connexion liées. Et cela d’autant plus qu’on sent une volonté de « sortir de la voiture » des actuels investisseurs de ce domaine en Europe. En sommes, alors qu’ils sont responsables de profondes erreurs stratégique mais aussi du déni et de l’arrogance à voir la réalité, ils cherchent à récupérer du cash de leurs investissements « anciens » inefficaces aujourd’hui et, y compris en se victimisant pour recevoir les fonds publics, pour ne pas « payer » les conséquences de leurs irresponsabilités. Tout en soulignant, dans un historique limpide, combien les constructeurs occidentaux ont fait des marges considérables dans la première phase de leurs installations et ventes en Chine à tel point que de subtiles « montages » ont été nécessaires pour rapatrier cet argent en ..occident (ce dont les chinois se sont parfaitement rendus compte). Et que les « politiques », peu compétents en matière d’ingénierie (un euphémisme), pleurent avec eux de manière démagogique vis-à-vis du grand public.
Optimisme ?
Il semble que nos capacités de créativité existent et donc cela constitue un sérieux point d’appui pour la suite en Europe comme en Chine d’ailleurs. Donc nous avons tout intérêt à trouver des formes équilibrées de coopérations et de développements mutuels. Il faut donc aller voir, se parler, monter des opérations. Donc prendre le temps d’aboutir avec respects mutuels et construire la confiance qu’historiquement nous avons bien érodé et qu’aujourd’hui les chinois nous le font « payer » en retour en adoptant eux -même une forme de volonté de « destruction » de nos industries qui n’est ni acceptable en l’état ni le plus astucieux.


